Ils font bouger l'Europe. Grâce à sa montée en gamme, l'enseigne catalane affiche des résultats insolents dans un contexte sectoriel difficile.
Par Tatiana Serova, avec l'infographie de Manon Guibon
Publié le 21/03/2026 à 12:00

Mango a investi 225 millions d’euros en 2025, principalement pour l'expansion et la rénovation de ses magasins. Ici le magasin d'Oxford Street, à Londres.
Mango
Quoi de mieux qu’une promenade rue de Rivoli pour prendre le pouls de la filière du prêt-à-porter en France ? Sur cette artère incontournable du shopping parisien, les vitrines des acteurs traditionnels du milieu de gamme, comme Camaïeu ou Naf Naf, n’existent plus que dans les souvenirs, victimes d'une crise mêlant changement des habitudes de consommation, inflation et concurrence chinoise. Parmi les survivants, les enseignes de l’empire Inditex – numéro un mondial de l'habillement avec sa figure de proue, le géant Zara, mais aussi Bershka et Pull and Bear. Un autre espagnol, dix fois plus petit, fait de la résistance : Mango. Fondé dans les années 1980 par les frères d’origine turque Isak et Nahman Andic, la marque vient de boucler une année record avec un bénéfice de 242 millions d'euros pour un chiffre d’affaires de 3,8 milliards, en croissance de 13 %.
Pour comprendre ce succès, il faut s’envoler pour Palau-solità i Plegamans, à une trentaine de kilomètres de Barcelone. Un complexe de bâtiments blancs, dont un ancien hangar d'aviation, forme le Mango Campus. Un an après le décès d’Isak Andic dans des circonstances troubles – l’enquête est en cours -, l’ombre du fondateur plane toujours au-dessus de cette zone industrielle. Les œuvres d’art issues de sa collection privée ornent les couloirs du siège tandis qu'à l’entrée trône une sculpture signée Jaume Plensa, l'un de ses proches.
Faire la mode, pas des vêtements
C'est ici que les deux collections annuelles de Mango – auxquelles s’ajoutent des éditions limitées – sont imaginées. Avec un processus millimétré : le tissu est soigneusement sélectionné, découpé par un robot laser puis confié à une équipe de couturières qui fabriquent les échantillons. "Tout notre processus créatif se déroule en interne, nous n’envoyons à nos usines que les prototypes déjà prêts, explique Luis Casacuberta, directeur des produits et du développement durable. Cette méthode nous ralentit mais peu importe : nous ne créons pas seulement des vêtements, nous créons la mode". Une fois fabriqués en Turquie, en Chine ou encore en Inde, les robes, chemisiers et autres pantalons sont stockés dans le centre logistique de Lliçà d’Amunt, à quelques encablures du campus, avant d’être expédiés aux quatre coins du monde. Chaque année, près de 200 millions de pièces transitent dans cet immense entrepôt.

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