Municipales : Nice, symbole des contradictions de Bruno Retailleau

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Est-il un stratège subtil ou un chef brouillon ? Le tenant d'une droite indépendante ou l'artisan caché de dangereuses alliances ? Il a suffi d'une intervention matinale pour raviver les interrogations autour de la ligne de Bruno Retailleau après son refus de soutenir Christian Estrosi face à Eric Ciotti au second tour des municipales à Nice, en dépit d'un accord noué avec Horizons. Le président de LR a invoqué ce mercredi 18 mars sur BFMTV l'"appel à la gauche et au communautarisme" du maire sortant, en retard sur son vieil ennemi, pour justifier sa réserve.

S'en est suivie une avalanche attendue de réactions indignées : la formation d'Edouard Philippe exige une "clarification", Gabriel Attal déplore une perte de "repères" quand des piliers LR réaffirment avec vigueur leur soutien à Christian Estrosi. Ici, au nom du respect de la parole donnée. Là, au titre de la lutte contre l'extrême droite. "Chassez le naturel", "il nourrit l'ambiguïté", "union des droites rampantes"… Plusieurs ténors LR agitent auprès de L'Express le spectre d'un funeste rapprochement avec le RN, allié d'Eric Ciotti depuis l'été 2024. Voilà Bruno Retailleau rattrapé par le poison du soupçon.

"Union des droites par les urnes"

A quoi joue-t-il ? L'ancien ministre de l'Intérieur refuse tout accord d'appareil avec l'extrême droite en vue de la prochaine présidentielle. La digue LR-RN n'a ainsi pas été rompue lors des municipales, au grand soulagement d'un parti obsédé par sa singularité. Bruno Retailleau revendique en revanche une "union des droites par les urnes" en ramenant dans le giron de LR des électeurs tentés par le RN ou Reconquête!. Cette quête a une traduction idéologique, entre convergences avec le programme régalien du RN et attaques en série contre La France insoumise. Après tout, cette stratégie avait réussi à en 2007 à Nicolas Sarkozy.

Mais cette frontière entre "refus d'accord" et "union des électeurs" devient tenue - voire artificielle - à l'heure des choix électoraux. En érigeant LFI en ennemi ultime, Bruno Retailleau ouvre la voie au vote RN pour y faire face. Son refus de soutenir Christian Estrosi, issu de la droite, entrouvre un peu plus la brèche. "Son concept d’union des électeurs n'est pas idiot, note un fidèle. Mais Bruno a parfois des réactions culturellement de droite qui le poussent à la faute." Sa colère contre les appels de Christian Estrosi à la gauche et son souci de ne pas s'aliéner l'électorat RN du Sud l'ont conduit à son geste... Quitte à oublier la charge symbolique d'une neutralité envers la candidature d'Eric Ciotti, apôtre de l'union des droites. "Cet exemple niçois suffit à faire sauter la digue qui avait tenu", note un proche de Gabriel Attal.

Electorat divisé

La "digue" de Bruno Retailleau n'est pas celle d'Edouard Philippe ou de Gabriel Attal. Le patron de LR compose avec un électorat divisé, tiraillé entre des aspirations centristes et plus radicales. "Cette pression à l’union des droites se ressent sur le terrain, glissait l'ancien locataire de Beauvau cet automne. Elle est demandée par une partie des Français de droite, j'ai toujours une question de militants à ce sujet." Le "lâchage" de Christian Estrosi est un clin d'œil à une partie d'entre eux, comme l'était pour d'autres le maintien de la candidature marseillaise de Martine Vassal, frein à la victoire du frontiste Franck Allisio. Derrière la complémentarité, l'illisibilité guette.

Bruno Retailleau nourrit ses propres contradictions. L'ancien ministre de l'Intérieur, opposant historique du chef de l'Etat, est né aux yeux des Français dans le gouvernement de Michel Barnier, alliance de la droite et des macronistes. Il souhaite aujourd'hui se détacher de ces derniers en vue de l'élection présidentielle. Après tout, les macronistes n'auront pas bonne presse en 2027. Mais le patron de LR s'est associé avec eux (philippistes compris) aux municipales. Sa déclaration ne pouvait que hérisser les défenseurs de ce partenariat, à commencer par le très modéré Gérard Larcher. N'est-il pas risqué de poser les bases d'une stratégie présidentielle lors d'un scrutin au jeu d'alliances particulier ? Le jeu n'en valait peut-être pas la chandelle.

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