Il fut un temps où le PS, le PCF, l’UDF et le RPR régnaient sur une très large partie du paysage politique français. Les choses étaient simples, aidées par la règle du scrutin majoritaire, qui, pénalisant les petits partis, obligeait à des alliances au second tour. Les élections s’enchaînaient, les alternances aussi : à une vague bleue succédait une vague rose. En 1983, le Front national de Jean-Marie Le Pen fit sensation en obtenant 16,7 % des suffrages à Dreux, avec une liste menée par Jean-Pierre Stirbois, qui fusionna au deuxième tour avec la liste UDF-RPR pour gagner la ville.

En 2017, Emmanuel Macron, pressé d’en finir avec les partis dinosaures, se présenta comme le candidat "et de droite et de gauche". Tel un démolisseur, il voulut porter l’estocade aux formations du passé tout en créant la sienne. Mais qu’il s’appelle République en marche ou Renaissance, le parti présidentiel n’a jamais réussi à prendre pied localement, ne faisant qu’alimenter un peu plus la bombe à fragmentation électorale à l’œuvre.

De Toulouse à Roubaix, de Rennes à Nice

Le 15 mars, le premier tour des municipales est venu en apporter la preuve éclatante. Car si les partis traditionnels (PS/LR) dominent encore les urnes, l’heure est à l’émiettement électoral, comparable à celui observé à l’Assemblée nationale en juin 2024, avec désormais l’irruption au niveau local de LFI et du RN, aux côtés de la troisième force, le bloc central. Un morcellement en cinq familles politiques (a minima) qui aboutit à une multiplication des scénarios de second tour (triangulaires et quadrangulaires à foison, et sur le papier, plus d’une cinquantaine de combinaisons avec cinq, six et même sept candidats).