Jusqu’au XIXe siècle, les représentants de nombreux Etats voisins de la Chine se déplaçaient jusqu’à Pékin pour payer un tribut à l’empereur et se prosterner devant lui. En échange, ils obtenaient notamment le droit de commercer avec l’empire du Milieu. A l’époque, le pays, dirigé par le "Fils du ciel", se considérait comme le centre du monde civilisé.

A l’heure où la République populaire aspire à retrouver un rôle de premier plan, cette logique refait surface. Sur les cinq premiers mois de l'année, Xi Jinping a accueilli plus de 20 chefs d’Etat ou de gouvernement à Pékin – dont les Premiers ministres britannique, canadien et espagnol, ainsi que le chancelier allemand -, sans jamais sortir de ses frontières. Le bal diplomatique a été particulièrement étourdissant en mai : le président chinois a reçu coup sur coup ses homologues américain et russe Donald Trump et Vladimir Poutine, ainsi que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le président serbe Aleksandar Vucic.

Pékin préfère les relations bilatérales

La séquence s'est poursuivie les 8 et 9 juin avec une visite à Pyongyang, où le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui s'est beaucoup rapproché de la Russie, a réservé un accueil fastueux au n° 1 chinois, pour son premier déplacement à l’étranger en 2026. Avant un entretien à la Maison-Blanche prévu en septembre.

Aucun dirigeant au monde n’est en mesure d’enchaîner - en dehors des sommets internationaux – les tête à tête de ce niveau à un rythme si soutenu. Cet activisme diplomatique entend clairement montrer que le géant asiatique occupe désormais une place centrale sur la scène internationale.

Tout en se présentant comme une puissance stable et responsable, par contraste avec l’Amérique de Trump, la Chine privilégie les relations bilatérales, de façon à accroître son influence sur ses interlocuteurs. Elle préfère ainsi voir défiler à Pékin des dirigeants européens plaidant pour une ouverture du marché chinois que de négocier avec l’UE. Une façon aussi de les dissuader plus facilement d’exprimer des critiques sur le respect des droits de l’homme ou sur le dossier explosif de Taïwan.

Dans le même temps, Pékin cherche à créer une coalition de pays alignés sur ses positions. "Objectif : renforcer son poids au sein des instances internationales et fragiliser l’alliance occidentale, à un moment où les rapports entre Washington et ses alliés se tendent", explique la sinologue Alice Ekman, directrice de la recherche de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne. "Lorsque tous les autres princes sont unis et que moi seul demeure isolé, mon Etat n'est plus digne de ce nom", avertit le Guanzi, un grand classique de la pensée politique chinoise, écrit entre IVe et le IIe siècle avant notre ère. Contrairement à Donald Trump, "l'empereur rouge" l'a bien compris.