Gravement blessé à l’épaule en septembre 2025, le jeune pilier droit du Stade Français espère retrouver l’usage de sa main droite.
Samedi soir, les supporters du Stade Français postés devant leur petit écran ont eu la bonne surprise d’apercevoir Issac Koffi dans les tribunes du stade Marcel-Deflandre à La Rochelle. Assis au côté de Paul Gabrillagues, capitaine des Soldats Roses exempté de la rencontre, le pilier, bras doit en écharpe, est apparu très concentré sur la prestation de ses partenaires.
Un moment partagé dans un quotidien plus éloigné de son club. Depuis quatre mois, le grand espoir parisien se rend tous les jours au centre de rééducation. Les conséquences, toujours, de la terrible blessure dont il a été victime le 13 septembre 2025. Face aux… Rochelais, Issac Koffi subit un gros choc. La gravité du diagnostic est inédite : cinq nerfs de l’épaule sont rompus ou très abîmés. Entre autres séquelles, il ne peut plus bouger les doigts de la main droite.
Début janvier, Isaac Koffi doit être opéré - plus de 12 heures au bloc - pour la greffe de l’espoir. Mais les chirurgiens l’ont prévenu. Il faudra peut-être patienter jusqu’à deux longues années avant de savoir si c’est un succès. «Vous allez récupérer millimètre par millimètre, au fur et à mesure que tout se reconnecte. Ce sera long...»
Au niveau des sensations, aux endroits qui me grattaient au début ou que je ne sentais pas, désormais des douleurs apparaissent
Le jeune rugbyman de 20 ans commence à y croire. «Il y a des progrès. Que ce soit la main, l’épaule, je suis satisfait. La greffe a fonctionné, la chirurgienne m’a dit que tout allait bien, que j’ai déjà commencé à bien cicatriser.» Et les millimètres se gagnent ? «Je le ressens oui. Au niveau des sensations, aux endroits qui me grattaient au début ou que je ne sentais pas, désormais des douleurs apparaissent.» Et c’est bon signe. «Je n’ai pas la même dextérité qu’avant, mais, pour trois doigts, c’est à peu près normal, sauf les relever. En revanche, le pouce et l’index, c’est un peu plus compliqué. Mais ça revient petit à petit.»
Déterminé à relever le défi, il s’astreint à enchaîner les exercices. «Vu que je ne les ai pas utilisés depuis longtemps, j’ai perdu de la force. Je fatigue plus vite quand je les sollicite.» Il ne renonce pas, cherche à gagner du temps. «J’ai le droit de prendre des vacances. Mais je ne vais pas arrêter. Je fais tout pour récupérer au plus vite.» Les doigts, le bras, mais pas que. «Au centre, il y a une salle de musculation. Direct après les séances de rééducation, j’y fonce pour m’entretenir tant bien que mal.»
Il craignait de perdre beaucoup de poids. Ce n’est pas le cas. «Ça va. Je perds forcément tout le muscle mais, franchement, ce n’est pas catastrophique.» Autre bonne nouvelle, il confie «mieux dormir la nuit» : «Les douleurs sont beaucoup moins fortes, donc je dors bien. J’ai l’impression que ça me permet de mieux récupérer, d’avoir un peu plus de force.»
Le moral ? Ça dépend des jours, mais, en ce moment, je peux dire que oui, il est bon. Je suis encore dans la phase où j’espère que je vais revenir. Je reste optimiste
Malgré tous ces progrès, le Parisien ne sait pas encore s’il pourra rejouer. Et si oui, à quelle date. «On ne m’a donné aucune échéance. Je sais juste que je revois la chirurgienne qui m’a opéré début septembre. Je suis dans une période où c’est un peu plat. C’est plus à la fin de celle-là que je commencerai à être fixé…» Et côté moral ? «Ça dépend des jours, mais, en ce moment, je peux dire que oui, il est bon. Je suis encore dans la phase où j’espère que je vais revenir. Je reste optimiste. C’est ce que j’ai envie de faire. Je n’ai pas envie de faire autre chose…»
Au centre de rééducation, il côtoie de graves accidentés, de la route entre autres. «Ça permet de relativiser. Je me dis que, moi, j’ai mon bras. Je n’arrive pas à le bouger mais d’autres n’en ont plus. Mon problème est dur, mais il pourrait être pire...» Pour «penser à autre chose», il poursuit en parallèle des études en professions immobilières. «J’ai passé mes examens la dernière semaine de mai. Ça s’est bien passé», estime-t-il en souriant.
Pour tenir, Isaac Koffi rend également régulièrement visite à ses coéquipiers. «Je suis là à tous les matchs à domicile. Et de les avoir accompagnés à La Rochelle, ça, c’est cool.» Entre fierté et frustration, comment vit-il l’excellente saison des Soldats Roses, 3e de la saison régulière, qui recevront le Stade Rochelais en barrage, dimanche soir à Jean-Bouin, avec l’ambition de se hisser en demi-finale du Top 14 ? «Ce serait hypocrite de ma part de ne pas dire que, oui, j’aimerais participer à la fête. Mais, chaque week-end, je suis content de les voir gagner, il n’y a pas photo avec la saison dernière. Franchement, je ne suis pas dégoûté. Je suis surtout vraiment content.»

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