Entretien. Selon l'auteur de "La revanche de la province" (Gallimard), la campagne électorale dans la capitale porte sur des sujets "lifestyle", alors que dans les autres villes les enjeux restent plus concrets.
Publié le 17/03/2026 à 05:45

Sarah Knafo après le premier tour des municipales, le 15 mars 2026. (MaxPPP TagID: maxnewsfrsix206967.jpg) [Photo via MaxPPP]
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C'est le livre que tout candidat à la future élection présidentielle devrait lire : La revanche de la province (Gallimard, 2022). Son auteur, le philosophe et économiste Jérôme Batout, y raconte un divorce : celui du couple formé par Paris et la province. Au nom de la mondialisation, la capitale a délaissé le reste du pays. "La France des territoires", comme on la dénomme dans ce style technocratique inimitable, a fait son deuil et appris à exister davantage par elle-même, sans s'appuyer sur ce tuteur condescendant. Cette "émancipation tranquille" échappe encore largement aux médias nationaux et aux politiques. Pour L'Express, Jérôme Batout analyse les élections municipales à la lumière de sa réflexion.
L'Express : La "sécession" entre la province et Paris que vous avez fait apparaître dans votre livre s’est-elle accentuée depuis sa parution ? Quelles en sont les nouvelles manifestations ?
Jérôme Batout : La thèse de mon essai n’est pas, à proprement parler, celle d’une sécession entre Paris et la province. Ce que j’ai voulu décrire, c’est plutôt un changement d’attitude : une partie de la province, lorsqu’elle en a les moyens, a décidé de reprendre son destin en main.
Il y a eu des moments de tension très visibles, comme le mouvement des gilets jaunes, qui ont exprimé une forme de rupture ou de colère vis-à-vis du centre parisien. Mais ce que l’on voit aujourd’hui est moins spectaculaire et peut-être plus profond : une forme de pragmatisme. Beaucoup de territoires ont compris qu’ils ne pouvaient pas toujours peser sur les grandes décisions nationales, qu’il s’agisse de fiscalité ou de normes, mais qu’il existait, à côté de cela, un espace d’initiative assez large pour inventer autre chose.

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