C'est le livre que tout candidat à la future élection présidentielle devrait lire : La revanche de la province (Gallimard, 2022). Son auteur, le philosophe et économiste Jérôme Batout, y raconte un divorce : celui du couple formé par Paris et la province. Au nom de la mondialisation, la capitale a délaissé le reste du pays. "La France des territoires", comme on la dénomme dans ce style technocratique inimitable, a fait son deuil et appris à exister davantage par elle-même, sans s'appuyer sur ce tuteur condescendant. Cette "émancipation tranquille" échappe encore largement aux médias nationaux et aux politiques. Pour L'Express, Jérôme Batout analyse les élections municipales à la lumière de sa réflexion.

L'Express : La "sécession" entre la province et Paris que vous avez fait apparaître dans votre livre s’est-elle accentuée depuis sa parution ? Quelles en sont les nouvelles manifestations ?

Jérôme Batout : La thèse de mon essai n’est pas, à proprement parler, celle d’une sécession entre Paris et la province. Ce que j’ai voulu décrire, c’est plutôt un changement d’attitude : une partie de la province, lorsqu’elle en a les moyens, a décidé de reprendre son destin en main.

Il y a eu des moments de tension très visibles, comme le mouvement des gilets jaunes, qui ont exprimé une forme de rupture ou de colère vis-à-vis du centre parisien. Mais ce que l’on voit aujourd’hui est moins spectaculaire et peut-être plus profond : une forme de pragmatisme. Beaucoup de territoires ont compris qu’ils ne pouvaient pas toujours peser sur les grandes décisions nationales, qu’il s’agisse de fiscalité ou de normes, mais qu’il existait, à côté de cela, un espace d’initiative assez large pour inventer autre chose.