La CAF s’est appuyée sur son règlement pour réattribuer au Maroc la victoire en Coupe d’Afrique des nations, deux mois après la finale. Mais le Sénégal n’a pas dit son dernier mot.
Dakar n’en revient pas. «La blague du siècle» pour le quotidien Le Soleil, un «scandale» pour Le Dakarois. Le Sénégal s’est vu retirer sa victoire à la CAN 2025, acquise après une finale sous haute tension contre le pays-hôte marocain (0-1) le 18 janvier dernier. Le retentissement de l’affaire dépasse les frontières de l’Afrique et du football, le gouvernement sénégalais réclamant mercredi une enquête internationale «pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF».
Que s’était-il passé lors de la finale ?
Le score est nul et vierge lorsque le 4e arbitre annonce 8 minutes de temps additionnel à Rabat. À la 90e+5, sur un corner marocain, Brahim Diaz s’écroule dans un contact avec El Hadji Malick Diouf. 2 minutes et 30 secondes plus tard, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala Ngambo accorde un penalty après avoir revu les images (90e+8). Les joueurs sénégalais, scandalisés, quittent quasiment tous le terrain et rentrent aux vestiaires avec leur sélectionneur Aliou Cissé.
Au terme de longs pourparlers sur la touche, et à l’initiative de leur capitaine Sadio Mané, les Sénégalais reviennent sur la pelouse, douze minutes après le penalty sifflé (90e+20). Ils acceptent de jouer. Bien leur en a pris : Brahim Diaz tente une panenka et Édouard Mendy arrête le ballon (90e+24). En prolongation, un but de Pape Gueye (94e) offrira le trophée aux Lions de la Teranga.
Qu’a décidé la CAF ?
Vingt-quatre heures après cette rocambolesque finale, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a annoncé son intention de «recourir aux procédures légales», à savoir saisir la CAF (Confédération africaine de football) et la Fifa (fédération internationale), «afin de statuer sur le retrait de l’équipe nationale sénégalaise du terrain [...] ainsi que sur les événements qui ont accompagné cette décision».
Aux yeux de la FRMF, qui dénonçait aussi les tentatives d’intrusion de supporters sénégalais sur la pelouse, «cette situation a eu un impact significatif sur le déroulement normal de la rencontre et sur la performance des joueurs». Ainsi, ce mardi soir, la Commission d’appel de la CAF a décidé «de déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale».
Le recours du Maroc a été «déclaré recevable sur le fond», confirmant que «le comportement de l’équipe sénégalaise relève du champ d’application des articles 82 et 84 du règlement de la CAN». En effet, l’article 82 (chapitre 35) dit ceci : «Si, pour n’importe quelle raison, une équipe [...] quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours.» L’article 84 ajoute qu’elle perdra automatiquement le match sur le score de 3-0, ce qui a donc été entériné par la CAF.
Pourquoi un tel timing ?
La CAF n’a pas explicité les raisons du délai de deux mois entre la finale de la CAN, suivie dans la foulée du recours déposé par le Maroc, et la décision tombée mardi. «S’ils avaient fait ce communiqué le soir du match ou le lendemain, à la rigueur, on aurait pu comprendre», a pesté l’ancien international français Samir Nasri sur le plateau de Canal+.
Entretemps, le Sénégal a eu tout le loisir de célébrer avec le trophée une fois de retour au pays. Futur adversaire des Bleus à la Coupe du monde 2026, il devait se présenter dans la peau du champion d’Afrique au stade de France le 28 mars prochain pour un match amical face au Pérou.
Comment ont réagi Sénégalais et Marocains ?
Dans un communiqué publié mardi soir, la FRMF «tient à rappeler que sa démarche n’a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l’application du règlement de la compétition». Une source proche de la Fédération nous souffle : «L’enjeu du recours dépasse le cadre du match concerné. Il porte sur l’interprétation de dispositions essentielles à la stabilité, à la cohérence et à la crédibilité des compétitions dans leur ensemble.»
«On est chez les fous je pense», a écrit le joueur sénégalais Pape Demba Diop dans une publication Instagram, partageant comme bon nombre de ses compatriotes des photos avec la coupe. «Venez la chercher», a lancé le Lyonnais Moussa Niakhaté. «Le monde connaît les vrais champions», a ajouté Sadio Mané. Claude Le Roy, ancien sélectionneur français du Sénégal, qui avait notamment échangé avec Mané avant que les joueurs ne reviennent sur la pelouse lors de la finale, a fustigé Gianni Infantino, président de la Fifa.
«Il se considère comme le Trump du football africain, à savoir qu’il a tous les droits et dirige les phases finales. En Afrique, il se permet tout. Et derrière tout cela, il y a plein de magouilles pour décider que le Maroc est champion», s’est agacé Le Roy auprès de La chaîne L’Équipe. Au micro de la chaîne RTS1, Abdoulaye Sow, secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football (FSF), a dénoncé une «décision scandaleuse». «La CAF est pourrie, les réactions dans le monde après cette décision confirment une indignation totale», a vitupéré Sow, précisant que «la FSF va amener la décision au niveau du TAS (Tribunal arbitral du sport)».
Le TAS peut-il renverser la décision ?
Oui. Le TAS est la plus haute juridiction mondiale en matière d’arbitrage sportif. En février dernier, le skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevych a fait appel devant le TAS après avoir été disqualifié des JO d’hiver pour son casque rendant hommage à des athlètes tués dans le conflit avec la Russie. En 2024, Paul Pogba avait vu sa suspension pour dopage réduite de 4 ans à 18 mois par cette même instance. Plusieurs mois s’étaient écoulés entre l’appel du Français et la décision rendue.
Difficile donc de prédire la date à laquelle le Tribunal tranchera sur la finale de la CAN. En septembre 2020, il avait débouté le Wydad Casablanca dans un litige concernant la finale de la Ligue des champions africaine, qui s’était tenue le 31 mai... 2019. Le champion d’Afrique sera, à coup sûr, présent sur le sol américain pour le Mondial l’été prochain. Impossible en revanche de savoir, en l’état, s’il s’agira du Maroc ou du Sénégal.

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