La France s'est vite fait rattraper par la réalité. Depuis le 1er mars, elle impose une taxe de deux euros sur les petits colis importés sur son sol depuis un pays situé hors de l'Union européenne. Cette ponction concerne chaque catégorie d'article contenue dans un envoi dont la valeur totale est inférieure à 150 euros. Une initiative individuelle qui avait déconcerté nos voisins européens. Et pour cause : une mesure similaire doit en principe entrer en vigueur dans l'UE d'ici la fin de l'année. Elle viendra s'ajouter à un droit de douane forfaitaire de trois euros qui s'appliquera en Europe à partir du 1er juillet prochain.
Après l'adoption définitive de la taxe tricolore dans le projet de loi de finances 2026, de nombreux experts alertaient sur les risques que le choix de Paris de faire cavalier seul ne provoque une réorganisation des flux de livraisons. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. D'après les premiers chiffres de l'Union des entreprises Transport et logistique de France (Union TLF), le nombre de petits colis enregistrés par les douanes à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle avait déjà chuté de 92 % dès le 3 mars. Une cinquantaine de vols cargo hebdomadaires ne se posent plus sur le tarmac le plus fréquenté de l'Hexagone. La Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas sont désormais les nouvelles destinations de ces appareils, avant que des camions ne prennent le relais pour traverser la frontière et livrer les centres de distribution.
Une menace sous-estimée ?
Le gouvernement a-t-il sous-estimé la capacité des plateformes d’e-commerce chinoises - les premières visées par l'offensive française - à contourner cette nouvelle réglementation ? Une réaction, rapide et coordonnée de la part de Temu, Shein et autres AliExpress, apparaissait pourtant évidente. Depuis l'annonce d'un tel projet à l'automne, elles ont eu tout le loisir d'organiser leur riposte. D'autant que ce surcoût peut mettre en péril leur modèle économique fondé sur des produits fabriqués à bas prix, plébiscités par les consommateurs français. "Passer de trois à cinq euros sans coordination européenne est absurde. Une réglementation trop stricte au niveau national ne fonctionne pas", regrette le spécialiste de la Chine François Godement, auteur d'une note publiée par l'Institut Montaigne sur le sujet.
Les finances publiques françaises, déjà dans le rouge, pourraient en payer le prix fort. Avec cette taxe, l'exécutif espérait récolter 400 millions d'euros de recettes d'ici la fin d'année. Une ressource qu'il faudra aller trouver ailleurs si la situation perdure. Cette mesure est en principe transitoire, censée s'éteindre lorsque le dispositif européen sera effectif, soit d'ici le 31 décembre 2026. Encore faut-il qu'il soit mis en œuvre de manière uniforme, par tous les Etats membres, en plus du droit de douane forfaitaire européen de trois euros. Dans le cas contraire, la France pourrait ne même pas récupérer les flux de petits colis observés jusqu'ici - 826 millions d'articles en 2025 pour un montant total de 5,6 milliards d'euros. "Les droits de douane représentent une manne financière non négligeable pour certains Etats membres, notamment pour les Pays-Bas, rappelle Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l'institut Rexecode. Dans ce contexte, les intérêts divergent : chacun pourrait être tenté de privilégier des stratégies nationales plutôt qu’une approche coordonnée." Une menace sérieuse pour les nombreux emplois du secteur de la distribution. "Le seul bénéfice que l'on tire de l'activité de ces plateformes est la création de centres logistiques sur le territoire", ajoute l'expert. La France serait alors perdante sur tous les tableaux.

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