Le leader de la formation Decathlon CMA CGM, sorti meurtri du Tour Auvergne-Rhône-Alpes, a 20 jours pour se refaire une santé avant le départ du Tour de France.
Passer la publicité Passer la publicitéBernard Hinault s’est révélé en 1977 lors du Critérium du Dauphiné Libéré (ancêtre du Tour Auvergne-Rhône-Alpes) avec une chute dans la descente du col de Porte. Échappé, le jeune leader de l’équipe Gitane emporté dans un virage trop large avait plongé dans un ravin vertigineux. Miraculeusement, sa chute avait été freinée par des arbres. Le Breton avait ensuite trouvé des mains complices pour s’arracher au vide. Avant, porté par les encouragements de Cyrille Guimard, de remonter sur son vélo. Éprouvé, il avait mis pied à terre plus loin, été à deux doigts d’abandonner, mais avait terminé en vainqueur et était entré dans la légende.
Paul Seixas, tombé samedi dans la descente de la côte de Saint-Maurice-de-Rotherens (après 30 km de course) lors de la 7e étape et avant-dernière étape du Tour Auvergne-Rhône-Alpes conduisant au Grand Colombier, se souviendra longtemps de sa chute. Le premier accroc dans une ascension fulgurante. Le public et ses rivaux retiendront la manière avec laquelle il s’est relevé.
Une victoire dans la défaite
Paul Seixas a vécu un calvaire. Une épreuve que le Lyonnais a su transformer en démonstration de volonté. Celle d’un leader touché dans sa chair qui a su rassembler ses forces et mobiliser ses équipiers pour relever la tête, se relancer. Faire preuve de courage pour limiter les écarts, entretenir un faible espoir sur l’issue de la course. Porté par l’adrénaline. 6e du classement général à bout de forces, samedi, il a pris le départ de la dernière étape, dimanche, avant d’être contraint à l’abandon, rapidement après le premier col.
Le leader de l’équipe Decathlon CMA CGM n’a pas vu le Plateau de Solaison, curiosité de l’édition, qui sera une arrivée inédite sur le Tour de France (arrivée de la 15e étape, le 19 juillet). Il n’a pas pu se mesurer au Mexicain Isaac Del Toro (UAE Team Emirates), lieutenant désigné de Tadej Pogacar, élégant et efficace qui a remporté avec brio la dernière étape pour se hisser au sommet du classement général final. Mais il a pu lire dans le regard de sa garde rapprochée, des spectateurs et de ses rivaux le poids du respect qu’il a su inspirer. Une victoire dans la défaite.
Une pause dans une ascension folle
Les bandages (sur les bras et le genou gauche) laissaient imaginer le fardeau des douleurs. La chaleur, la fatigue et le dénivelé composaient trop d’obstacles à trois semaines du départ du Tour de France. Il ne servait à rien d’insister. Barcelone, le 4 juillet, sera le point de départ d’une première apparition tellement attendue pour le jeune prodige de 19 ans. Dans cette optique, le staff médical de son équipe s’est vite montré rassurant. Paul Seixas (19 ans) va profiter de quelques jours de repos pour digérer la déception, la peur rétrospective, panser ses plaies. Avant de participer à un stage aux Arcs 1950, d’arpenter des reconnaissances d’étapes et de se projeter. Mûri par une expérience douloureuse qui a brutalement rappelé les dangers qui rôdent et composent un environnement hostile.
Une nouvelle performance sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes après un début de saison sans faute (vainqueur de la Flèche Wallonne, 2e des Strade Bianche et de Liège-Bastogne-Liège, notamment) aurait fouetté sa confiance mais l’aurait exposé inutilement et aurait pu se montrer encombrante sur la route du Tour de France (1re étape, un contre-la-montre par équipes le 4 juillet, à Barcelone). Cette chute, celle d’un boxeur cueilli, sonné, aura peut-être constitué un mal pour un bien. Elle va offrir à Paul Seixas une pause dans une ascension folle. Pour apprécier le chemin parcouru. Laisser retomber un peu la frénésie. Reprendre son souffle. Et repartir à l’assaut des sommets. La chute du Tour Auvergne-Rhône-Alpes ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir qui aura lacéré son corps. Un épisode qui aura frappé les esprits. Quarante-neuf ans après Bernard Hinault...

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