Xénophobie en Afrique du Sud : un climat de peur qui s’accentue avant l’ultimatum du 30 juin

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Les traits tirés, ils ont touché terre à l’aéroport de Lagos, après des jours d’angoisse. Un premier groupe de 258 Nigérians a été rapatrié, jeudi 11 juin, depuis l’Afrique du Sud. Selon les autorités nigérianes, un millier de ressortissants vivant dans la "nation arc-en-ciel" auraient demandé leur retour afin de fuir les violences xénophobes dans le pays. 

Cette semaine, le Ghana et le Malawi ont également procédé à des vols de rapatriement depuis l’Afrique du Sud, craignant pour la sécurité de leurs ressortissants

Intimidations, évictions forcées, tabassages... Ces derniers mois, plusieurs manifestations violentes ont éclaté à travers le pays, orchestrées par des milices autoproclamées qui réclament le départ des immigrés clandestins avant la date du 30 juin. 

Selon l'Agence sud-africaine de statistiques, quelque 3 millions d'étrangers, soit 5,1 % de la population vivent en Afrique du Sud, première économie du continent.

Au début du mois, la tension est montée d'un cran après la mort de plusieurs Mozambicains  -deux selon Prétoria, cinq selon Maputo – lors d'une attaque contre un bidonville de la ville côtière de Mossel Bay, dans le sud du pays, ravivant de douloureux souvenirs. 

Au cours des deux dernières décennies, plus de 60 personnes sont mortes lors d’émeutes xénophobes, alimentées par le chômage de masse et les inégalités sociales.   

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Image de couverture : © France 24

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Le président Ramaphosa sous pression 

Inaudible depuis le début de la crise, le président Cyril Ramaphosa a tenté de reprendre la main lors d’un discours à la nation.  

Il a annoncé, le 7 juin, un durcissement de la politique migratoire avec plus de contrôles aux frontières, un renfoncement du contrôle des embauches ainsi qu’une modernisation du système migratoire.  

Affaibli par un revers historique de son parti, l’ANC, aux dernières législatives, le président est sous pression à l’approche des élections municipales de novembre. 

Réfutant toute xénophobie dans son pays, Cyril Ramaphosa a fustigé l’action de groupes “qui exploitent les préoccupations du peuple sud-africain" afin de “déstabiliser le pays”. 

Le lendemain des centaines de militants anti-immigration se sont à nouveau rassemblés dans la banlieue de Johannesburg et les provinces du Cap-Occidental et du Limpopo pour réclamer une action plus ferme du gouvernement.

Des manifestants rassemblés lors d'une marche de protestation contre les migrants sans papiers à Springs, dans la région d'Ekurhuleni, le 8 juin 2026 Des manifestants rassemblés lors d'une marche de protestation contre les migrants sans papiers à Springs, dans la région d'Ekurhuleni, le 8 juin 2026. © Emmanuel Croset, AFP

Fausse échéance, vraie menace 

Les mouvements nationalistes à l'origine de ces manifestations accusent les étrangers de voler les emplois et les ressources du pays. Ils ont fixé l’échéance du 30 juin pour leur départ.  

Lancé sur les réseaux sociaux en avril, cet appel, revendiqué par le groupe March on March, est devenu viral. Début mai, le des leaders d'un autre groupe anti-migrants, Opération Dudula (signifiant "expulser" en zoulou) avait posté sur X un document présentant cette échéance comme une consigne officielle, émanant du ministère de l’Intérieur sud-africain.  

Une information fallacieuse reprise par de nombreux médias et que le gouvernement a été contraint de démentir.  

Mercredi, les autorités de la province du Gauteng abritant la capitale Pretoria et Johannesburg ont annoncé qu’elles comptaient déployer un important dispositif de sécurité à l’approche de cette date fatidique. 

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Des immigrés sans solution 

De leur côté, les immigrés victimes de cette flambée de violence sont abandonnés à leur sort. Dans la ville portuaire de Durban, l’une des cités les plus affectées par ces attaques, plus de 5 000 ressortissants du Malawi, chassés de leurs logements lors des manifestations, campent désormais sur un terrain vague.  

D’autres se sont installés devant le centre de réfugiés du ministère de l’Intérieur, à l’image de Christian, originaire de l’est de la République du Congo, en proie à la guerre. 

"On ne peut pas rentrer chez nous à cause de la situation et ici, on ne peut pas rester ici", déplore-t-il. éSi le gouvernement ou les Nations Unis ne font pas quelque chose pour nous, on va nous tuer”, assène-t-il. 

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