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En collaboration avec Dr Julien Cottet (Allergologue et vice-président de la Société Française d’Allergologie)
Chaque année à la même période, vous avez le nez qui coule, les yeux qui piquent et la gorge qui gratte ? Vous êtes peut-être allergique au pollen ! Près d'un adulte sur trois en France est touché par cette allergie, communément appelée rhume des foins. Le Dr Julien Cottet, allergologue et vice-président de la Société française d’allergologie, nous explique tout sur cette allergie de plus en plus fréquente.
L'essentiel
Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.
Graminés, cyprès, bouleau, noisetier, platane ... sont tout autant de plantes qui produisent des pollens très allergisants. Si l'on associe souvent allergie aux pollens à printemps, c'est pourtant loin d'être le cas, ce qui peut rendre plus délicat le diagnostic ! Explications.
Quelles sont les périodes de l'année ou les allergies au pollen sont les plus fortes ?
L'allergie aux pollens est l’une des allergies les plus courantes en France, et probablement la première cause d’allergie respiratoire saisonnière. Mais qui dit saisonnier ne dit pas uniquement printemps.
La période de pollinisation des graminées s’étend généralement de mai à juillet, avec un pic souvent en juin. Comme ces plantes produisent d’énormes quantités de pollen transporté par le vent, celui-ci peut se diffuser sur de longues distances et atteindre des concentrations très élevées dans l’air. C'est pour cette raison que le printemps est redouté d'une grande majorité des allergiques au pollen et que l'on a tendance à oublier que d'autres arbres sont allergisants et que toutes les saisons peuvent être concernées.
"Les cyprès, très présents dans le Sud de la France mais de plus en plus plantés dans le Nord, pollinisent dès novembre et jusqu'au mois de février et sont extrêmement allergisants. L'aulne et le noisetier sévissent de mi-décembre à fin mars. Le bouleau, très allergisant aussi, pollinise en mars et en avril et enfin les asteraceae (armoise et ambroisie) prennent le relai des graminées de fin aout à octobre" résume le Dr Cottet.
Précisons par ailleurs que le plus souvent, les personnes allergiques aux pollens sont sensibles à plusieurs pollens, et pas seulement à un seul : c'est ce que l'on appelle la polysensibilisation, très fréquente dans l'allergie au pollen. En pratique, cela signifie que beaucoup de patients présentent une saison allergique prolongée, avec des symptômes qui peuvent commencer en fin d’hiver avec les pollens d’arbres, se poursuivre au printemps avec les graminées, puis parfois se prolonger en fin d’été avec d’autres plantes.
Rhume des foins, gorge et palais qui gratte, toux, nez bouché : quels sont les symptômes d'une allergie au pollen ?
Les symptômes les plus fréquents sont des crises d'éternuements répétées, souvent en salves, un nez qui coule avec un écoulement clair, ou au contraire un nez bouché. Beaucoup de personnes ressentent aussi des démangeaisons dans le nez ou au fond de la gorge, parfois accompagnées d’une sensation de picotement dans le palais, d'une irritation de la gorge et d'une toux sèche.
Les yeux sont très souvent touchés aussi par une conjonctivite allergique : ils deviennent rouges, larmoient et démangent. Chez les personnes asthmatiques ou prédisposées, l’exposition aux pollens peut déclencher ou aggraver un asthme.
Tous ces symptômes qui persistent pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois peuvent provoquer des signes plus généraux : fatigue, maux de tête, difficultés de concentration ou troubles du sommeil. "En revanche, une allergie ne provoque jamais de fièvre, ce qui peut permettre de la différencier d'une infection virale par exemple" ajoute le Dr Cottet.
C'est quoi les graminées ?
Les pollens de la famille des Poaceae (les graminées) sont responsables de la majorité (60 à 80%) des rhinites allergiques saisonnières en Europe et en France. Leur pouvoir allergisant est très élevé et ils sont surtout extrêmement répandus dans l’environnement.
Cette famille compte en effet plus de 12 000 espèces et regroupe la plupart des herbes que l’on rencontre dans les prairies, les pelouses, les bords de route ou les champs (notamment le blé, le riz ou le maïs).
Ces plantes présentent plusieurs caractéristiques communes : des tiges fines et creuses appelées chaumes, des feuilles longues et étroites, et des fleurs regroupées en épis ou en panicules, qui libèrent d’énormes quantités de pollen très léger. Contrairement à beaucoup d’autres plantes, leurs fleurs n’ont pas besoin d’attirer les insectes puisque leur reproduction repose sur la pollinisation par le vent. C’est cette dispersion massive dans l’air qui explique pourquoi leur pollen est l’un des plus allergisants.
Bilan allergologique : comment savoir si on est allergique au pollen ?
"Pour savoir si une personne est allergique aux pollens, l’élément central est l’interrogatoire du patient par le médecin allergologue" insiste le Dr Cottet, qui rappelle au passage que l'allergie au pollen peut se manifester à n'importe quel âge.
Antécédents personnels ou familiaux d'allergie, de dermatite atopique et description des symptômes sont des éléments diagnostics essentiels.
Les examens viennent ensuite confirmer ou préciser l’allergène en cause, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à poser le diagnostic. Deux tests sont couramment utilisés en consultation d'allergologie : les tests cutanés (prick-tests) qui consistent à déposer une petite quantité d’allergène sur la peau au niveau des avant-bras, puis à piquer légèrement l’épiderme pour observer une éventuelle réaction locale, et les analyses sanguines (par prise de sang) qui recherchent des anticorps de type IgE dirigés contre certains allergènes.
Ces examens servent donc surtout à confirmer l’hypothèse clinique et à identifier précisément les pollens responsables, ce qui peut être utile pour adapter la prise en charge.
Traitement : comment soigner une allergie au pollen ?
L'allergie est une maladie chronique, ce qui signifie qu'elle ne se guérit pas. "Les traitements visent à réduire les symptômes de sorte de pouvoir vivre avec en étant le moins affecté possible" explique l'allergologue.
Contrairement à d'autres allergies (acariens, poils d'animaux), l'éviction des pollens est presque impossible à mettre en place. "Sortir avec un masque ou des lunettes, se doucher après chaque sortie, changer de vêtements, ne pas étendre son linge dehors, ne pas aérer son intérieur ... sont des mesures qui peuvent aider mais qui sont trop contraignantes à appliquer" regrette notre expert.
Des traitements symptomatiques peuvent suffire à limiter les symptômes : les anti-histaminiques (en comprimé, spray ou collyre) permettent de diminuer les éternuements, l’écoulement nasal, les démangeaisons et les larmoiements, et les corticoïdes en sprays nasaux agissent localement sur l’inflammation de la muqueuse nasale pour réduire la congestion et l’écoulement nasal.
Aussi appelée immunothérapie allergénique, la désensibilisation consiste à administrer régulièrement de petites doses de l’allergène, sous forme de goutte sous la langue, pendant plusieurs années afin d’habituer progressivement le système immunitaire.
Les études montrent que 60 à 80 % des patients désensibilisés pour une allergie respiratoire (notamment aux pollens de graminées ou de bouleau) observent une diminution nette de leurs symptômes et de leur consommation de médicaments.
La désensibilisation peut aussi réduire le risque que le patient développe ensuite un asthme allergique.

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