Géopolitique. Le président ukrainien a averti mardi que les attaques de drone n'étaient plus l'apanage de "riches fous comme Poutine", mais qu'elles pouvaient désormais aussi être menées par "des réseaux criminels, des groupes terroristes et même des assaillants isolés".
Publié le 18/03/2026 à 13:26
Volodymyr Zelensky s'exprime devant les parlementaires britanniques à Londres, mardi 17 mars 2026.
via REUTERS
La menace vient du ciel, mais pas forcément de Russie. S’exprimant ce mardi 17 mars devant des membres du Parlement britannique dans l'enceinte du palais de Westminster, à l’occasion d’une visite à Londres dans le cadre d’une tournée européenne, Volodymyr Zelensky a appelé les pays occidentaux à moderniser leur défense, avec un avertissement : Moscou n’a pas l’exclusivité des attaques de drones, et le danger que représentent ces engins volants ne se limite pas à ceux que pourrait envoyer le Kremlin.
A mesure que la technologie des drones progresse, les nations européennes doivent ainsi se préparer à des attaques perpétrées par une multitude d’acteurs, a prévenu le président ukrainien, dans des propos rapportés par le Guardian. "Il ne s’agit pas seulement d’attaques lancées par un État. Nous devons être prêts à faire face à tout type d’attaque, y compris celles menées par des acteurs non étatiques, des réseaux criminels, des groupes terroristes et même des assaillants isolés capables de se procurer de telles technologies", a-t-il prévenu.
"Avec la généralisation des drones, les attaques de grande envergure ne coûtent plus des milliards. Elles coûtent bien moins cher", a-t-il également souligné, avant d’ajouter que les attaques de drones n’étaient "malheureusement" plus l’apanage de "riches fous comme Poutine".
Expertise ukrainienne
Cette mise en garde survient alors que l’Ukraine, confrontée depuis février 2022 aux attaques russes, a acquis une expérience unique pour neutraliser les drones, utilisés à tour de bras par Moscou. "Aucun autre pays ni aucune autre armée ne possèdent actuellement les tactiques, techniques et procédures nécessaires pour gérer des attaques massives de drones", soulignait récemment auprès de L’Express Lesia Orobets, fondatrice de l’ONG ukrainienne Price of Freedom, qui œuvre à la protection du ciel. "Nous avons bâti ces capacités de toutes pièces, en les perfectionnant au fil de quatre années de guerre intense", faisait-elle alors valoir.
Dans un retournement de situation ces dernières semaines, l’Ukraine s’est montrée disposée à venir en aide aux Etats-Unis, en faisant profiter Washington et les pays du Golfe de son expertise en la matière, alors que ces derniers sont ciblés par les drones iraniens depuis que la guerre a éclaté au Moyen-Orient. Volodymyr Zelensky a d’ailleurs rappelé mardi "la coopération entre la Russie et l'Iran", dont les "régimes (...) sont frères dans la haine" et "frères en matière d'armement". 201 experts militaires ukrainiens se trouvent actuellement au Moyen-Orient et dans le Golfe pour contribuer à la défense contre les drones Shahed iraniens, et 34 autres sont "prêts à être déployés", a indiqué le dirigeant ukrainien, se disant prêt à nouer des accords en matière de drones avec les pays intéressés.
Baisse du coût et propagande
En septembre dernier, un rapport du Comité du Conseil de l'Europe de la lutte contre le terrorisme (CDCT) pointait déjà le risque d’un "détournement des technologies par les acteurs terroristes", et évoquait en particulier "l’utilisation de systèmes autonomes sans pilote (communément appelés 'drones') pour effectuer des reconnaissances, filmer de la propagande et commettre des attentats". L’inquiétude n’est pas nouvelle : elle est notamment apparue lorsque Daech est parvenu à armer des drones en Irak et en Syrie en 2016 et 2017, "en combinant des engins disponibles dans le commerce, des composants de faible technicité et d’autres accessoires technologiques".
A ce jour, selon ce rapport, "les acteurs terroristes n’ont pas encore adopté les systèmes autonomes sans pilote en Europe ou pour cibler l’Europe". Mais, notait le texte, "la baisse du coût des drones, la disponibilité accrue de matériel didactique quant à leur armement fiable, la multiplication de la propagande terroriste encourageant leur utilisation dans l’environnement européen ou les attaques de drones très médiatisées dans d’autres contextes sont autant d’éléments susceptibles d’induire des changements". Face à cette menace, le CDCT en appelait à la vigilance et à la réactivité.

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