© Maskot/Getty Images
À l’occasion de la Journée mondiale du TDAH de ce 12 juin, nous avons demandé à une experte, diététicienne nutritionniste comment l’alimentation peut aider à mieux vivre avec ce trouble. Son éclairage.
Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) désigne un trouble marqué par des symptômes d’inattention, associés ou non à des symptômes d’hyperactivité motrice et d’impulsivité. S’il apparaît pendant l’enfance, il peut n’être diagnostiqué qu’à l’âge adulte.
Au niveau de l’alimentation, ce trouble peut entraîner des troubles alimentaires, certaines personnes ayant un TDAH oubliant de manger, ayant des difficultés à planifier les repas, à lutter contre les pulsions sucrées, etc.
Une chose est sûre : s’il n’est pas possible de guérir un TDAH uniquement via l’alimentation - ce trouble nécessitant une prise en charge psychologique voire l’usage de médicaments -, il est possible de jouer sur le contenu de l’assiette pour mieux vivre avec. « Il est possible de limiter au maximum les symptômes, ou en tout cas de ne pas les aggraver, via l’adoption d’une alimentation adaptée », nous assure ainsi Laurianne Chignard Henneveu, diéteticienne nutritionniste et auteure d’un e-book sur le sujet.
De l’avantage de « protéiner » son petit-déjeuner
Pour éviter sinon limiter envies sucrées et difficultés de concentration, un petit déjeuner copieux, et riche en protéines, peut être une bonne option, selon la diététicienne. « L’idée, c’est d’aider les personnes TDAH à sécréter davantage de dopamine, car c’est un neuromédiateur qu’elles sécrètent peu naturellement. Or, c’est lui qui nous permet justement de rester concentrés, de rester focalisé sur nos tâches le matin », assure la spécialiste.
Au petit-déjeuner très occidental riche en sucres, on préférera donc une version salée, avec de la viande ou des œufs, par exemple. Mais pas question de faire totalement une croix sur les produits sucrés, si l’on a du mal à s’en passer. « Le sucre aura davantage sa place au moment du goûter, avec une petite douceur, qui va alors favoriser la sécrétion de sérotonine (neurotransmetteur surnommé hormone du bonheur, N.D.L.R.) qui va plutôt détendre et apaiser », suggère Laurianne Chignard Henneveu.
Ritaline : un effet sur l’appétit à prendre en compte
En présence de méthylphénidate, médicament phare de la prise en charge médicamenteuse du TDAH, plus connu sous le nom de Ritaline, la problématique est de manger suffisamment. Car si les médicaments agissent sur l’attention, l’impulsivité, l’hyperactivité, ils agissent aussi sur les signaux de la faim, en la réduisant.
De sorte qu’il est crucial de mettre en place une organisation des repas qui permette de manger suffisamment ou du moins au plus près des besoins énergétiques, pour éviter carences et retards de croissance chez l’enfant. « Là aussi, on va insister sur le petit-déjeuner, pris avant l’école, afin d’être sûr que l’enfant est bien calé, avant la prise de Ritaline », conseille la spécialiste. L’idée étant de manger copieusement avant que la Ritaline ne fasse effet, car lors du déjeuner, qui plus est à la cantine, l’enfant risque d’avoir très peu d’appétit. Et progressivement, à mesure que l’on avance dans la journée, l’appétit revient, de sorte que « le goûter peut être plus nutritif, avec des produits simples si possible peu ou non transformés, pour avoir des sucres complexes (céréales complètes par exemple, N.D.L.R.), des vitamines et des minéraux ». Et le soir, un repas copieux peut faire sens puisque l’appétit est théoriquement pleinement revenu.
Notons que l’impact des médicaments sur l’appétit est une donnée à considérer : si l’on voit que l’appétit est trop réduit, si bien que cela a des impacts sur le poids et/ou la croissance, un réajustement du dosage peut être judicieux. C’est évidemment une décision qui doit être prise en concertation entre le patient et son médecin prescripteur, le psychiatre ou pédopsychiatre.
Supplémentation, organisation : consulter pour faire le point
Des études font par ailleurs état de possibles carences alimentaires chez les personnes TDAH, notamment en fer et en zinc. Ce sont donc des éléments à surveiller, via des bilans sanguins réguliers. En cas de carence avérée, une supplémentation peut se discuter, ainsi qu’une attention particulière au contenu des repas pour avoir des apports suffisants.
Pour les oméga-3, les études sont moins catégoriques et univoques. Certaines font état des bienfaits d’une supplémentation, tandis que d’autres ne mettent rien en évidence. Il est toutefois judicieux de veiller à ses apports en oméga-3, via la consommation d’huiles végétales qui en contiennent (lin, chanvre, noix, colza…) et de poissons gras (sardines, maquereau, truite, saumon…). Si l’on peine à intégrer ces aliments à ses menus, une supplémentation peut être évoquée, avec un professionnel de santé.
Dès lors, au vu de tous les aspects évoqués ici, un accompagnement nutritionnel peut faire sens, en parallèle de l’accompagnement classique auprès d’un psychiatre ou neuropsychologue. D’autant qu’il « ne s’agit pas de prises en charge longues et complexes comme il en faut pour d’autres pathologies : un bilan et éventuellement un rendez-vous d’accompagnement peuvent suffire à mettre des choses en place, à intégrer des habitudes et astuces pour une alimentation plus adaptée » a conclu la diététicienne.
Sources
Source 1 : entretien téléphonique avec Laurianne Chignard Henneveu, diéteticienne nutritionniste, le 10 juin 2026.
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