Les films au cinéma cette semaine : faut-il voir ou éviter Disclosure Day, The Christophers et La Baleine et le Musicien ?

il y a 2 day 2

La nouvelle rencontre du 3e type de Steven Spielberg, un vieux peintre acariâtre, le face-à-face du compositeur Rone avec une baleine à bosse... La sélection cinéma du Figaro.

The Christophers - À voir

Comédie dramatique de Steven Soderbergh - 1 h 40

Il faut imaginer un mélange de Lucian Freud et de Francis Bacon qui s’habillerait comme David Hockney (le béret). Il faut donc admirer Ian McKellen en Roi Lear à la voix sépulcrale et aux doigts tachés de gouache. Le vieillard bisexuel ne sort plus de chez lui. Ses deux enfants ne pensent qu’à l’héritage. Ils ont engagé une jeune restauratrice pour terminer en douce les tableaux de leur père.

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Steven Soderbergh, en bon ouvrier prolifique, réussit son portrait de l’artiste en vieux singe. Son 32e film est libre, actuel, feutré. Il renferme quelques trésors simples. Les répliques sont autant de flèches qui font mouche. Humour et vacherie typiquement britanniques. Et cette délicatesse de touche, cette main qui pend, ce pinceau tombé sur le sol. E. N.

La note du Figaro : 3/4

The Furious - À voir

Action de Kenji Tanigaki - 1 h 54

Ils se battent avec les poings ou tout ce qui leur tombe sous la main. Masse, marteau, machette, bloc de glace, pic à glace, échelle et même vélo, n’importe quel objet devient une arme lors de combats dantesques. On n’avait pas vu ça à l’écran depuis… En fait, on n’avait jamais vu ça, même à l’apogée du polar hongkongais dans les années 1990. L’intrigue tient sur un coin de nappe. Un père muet poursuit les hommes qui ont enlevé sous ses yeux sa fille.

L’homme est une sorte de Jackie Chan sans humour, maître de kung-fu petit mais incassable. The Furious est un cocktail détonant de ballet chorégraphique hongkongais et de violence baroque. En comparaison, les combats de John Wick ressemblent à des séances de tai-chi pour retraités zen. Ce cinéma d’action asiatique donne un coup de vieux à son homologue hollywoodien. E. S.

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La note du Figaro : 3/4

La Baleine et le Musicien - On peut voir

Documentaire de Valentin Paoli – 1 h 23

Il y a un point commun entre La Baleine et le Musicien et Le Chant des forêts, de Vincent Munier : les temps d’attente sont plus nombreux que les scènes d’action. Loin des tréfonds des forêts vosgiennes, Rone, virtuose de la musique électronique, a planté ses micros dans les profondeurs océanes au large de La Réunion pour tenter de dialoguer avec des baleines. L’idée lui est venue après avoir reçu des vidéos de marins qui voyaient des cétacés s’approcher chaque fois qu’ils diffusaient sa musique. Construit en trois parties, le documentaire pénètre dans l’intimité du processus créatif de Rone, part à l’aventure avec un bio-acousticien spécialiste des baleines soucieux de les respecter et plonge dans cette expérience pour rencontrer ces géants des mers.

Ni documentaire animalier, ni docu-fiction, l’ensemble tend vers le portrait d’artiste avec les atours d’une fable. L’œil pétillant, équipé de son synthétiseur modulaire, Rone y apparaît lunaire voire illuminé. Mais son émerveillement devant l’apparition d’une caudale et son inventivité pour recréer le chant des baleines provoquent de belles émotions. Si l’ensemble a de la tenue, il tire toutefois un peu à la ligne pour tenir en haleine le spectateur qui attend la réponse à sa question : la baleine répondra-t-elle au musicien ? F. V.

La note du Figaro : 2/4

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Le Vertige - On peut voir

Comédie de Quentin Dupieux - 1 h 07

Quentin Dupieux déteste qu’on parle de lui comme un cinéaste de l’absurde. Il n’a pas tort. Il n’invente rien, ou peu. Il observe ses contemporains. Le Vertige, l’un de ses deux films présentés à Cannes cette année (avec Full Phil, starring Kristen stewart et Woody Harrelson), ne fait qu’illustrer la théorie de la simulation. Ses adeptes, parmi lesquels des milliardaires de la tech, sont persuadés que nous vivons dans une simulation informatique. Un peu comme dans Matrix. Chez Dupieux, c’est Jacques (Alain Chabat) qui révèle cette vérité troublante à son ami Bruno (Jonathan Coen).

Il a recueilli des preuves irréfutables (un pigeon vole en faisant du surplace, une boulangère a huit doigts à chaque main). Un bug parmi d’autres, Fabienne (Anaïs Demoustier), la femme de Bruno, accouche d’un bébé sans cordon ombilical. Dupieux cultive son rapport paranoïaque au monde sans perdre son sens de l’humour. Si ça se trouve, Le Vertige, tourné en motion capture vintage avec des étudiants de l’école des Gobelins, n’existe pas pour de vrai. Il n’est pas exclu non plus que ce texte ne soit qu’une simulation. E. S.

La note du Figaro : 2/4

D’un monde à l’autre - On peut voir

Documentaire de Jérémie Renier - 1 h 15

Avec la mort de Gaspard Ulliel, disparu le 19 janvier 2022 des suites d’un accident de ski, Jérémie Rénier perd plus que son meilleur ami, un « frère ». Au fond du trou, l’acteur belge découvre sur les réseaux sociaux l’existence de Loury Lag, un aventurier au passé cabossé (enfance malheureuse, passage en prison), résilient. Rénier l’accompagne dans une expédition en Arctique, territoire hostile et superbe.

Journal de bord, récit introspectif pudique (le nom de Ulliel n’est jamais cité), film d’exploration avec force plans de drones, D’un monde à l’autre est un peu tout ça à la fois. Mais à force de vouloir tenir ses émotions à distance, Jérémie Rénier peine à transmettre ses sentiments. E. S.

La note du Figaro : 2/4

Disclosure Day - À éviter

Science-fiction de Steven Spielberg - 2 h 25

Disclosure Day démarre in medias res comme un hommage aux meilleurs thrillers paranoïaques des années 1970. Daniel Kellner (Josh O’Connor), expert en cybersécurité, est pourchassé par des hommes en noir conduisant des voitures noires. Pendant ce temps, Margaret Fairchild (Emily Blunt), présentatrice météo sur une chaîne locale, est visitée par un oiseau au petit déjeuner. Elle se met à parler russe ou coréen sans y penser et se découvre des pouvoirs de télépathie.

Le script patine. Le secret est assez vite éventé. David Koepp, scénariste sans grande originalité, est le coupable idéal. Mais le réalisateur a trop de métier et de talent pour ne pas avoir sa part de responsabilité. E.T. a fait pleurer des millions de spectateurs. Disclosure Day ne suscite aucune émotion. Ou bien elle arrive à la toute fin, à l’ultime plan. E. S.

La note du Figaro : 1,5/4

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