Quelle est l'eau en bouteille la moins polluée ?

il y a 2 day 2

Quelle est l'eau minérale la plus sûre ? © Igor Suka E+

Microplastiques, PFAS, pesticides, traitements controversés... Alors que les révélations sur certaines eaux minérales se multiplient, de nombreux consommateurs s'interrogent sur la qualité de l'eau qu'ils boivent au quotidien. Existe-t-il des marques moins exposées aux pollutions ? Réponses de Mathilde Body-Malapel, chercheuse à l'INSERM.

L'essentiel

Résumé par l’IA, validé par la Rédaction.

Plus de la moitié des français boivent de l'eau en bouteille tous les jours ou presque, ce qui place la France comme l'un des plus gros consommateurs européens. Pourtant, de récentes révélations concernant l'utilisation de traitements non autorisés sur certaines eaux minérales et la présence de microplastiques a soulevé l'inquiétude des consommateurs. Ces inquiétudes sont-elles légitimes ? Certaines eaux sont-elles plus éparnées que les autres ?

Scandales des eaux minérales et de source : des études révèlent une inquiétante présence de microparticules de plastique

Le principal scandale a éclaté en 2024 autour du groupe Nestlé Waters. Des enquêtes de presse ont alors révélé que certaines eaux minérales naturelles, en particulier Perrier, avaient fait l'objet de traitements de désinfection (filtres à charbon actif, traitements UV, microfiltration poussée, etc.) alors que la réglementation européenne interdit de tels procédés pour les eaux minérales naturelles, dont la pureté est censée être garantie à la source. Ces révélations ont conduit à plusieurs enquêtes administratives et parlementaires en France et ont beaucoup fait parler d'elles.

L'affaire a d'autant plus marqué les esprits des consommateurs qu'elle concernait des marques historiquement associées à une image de pureté naturelle. Les autorités ont cependant précisé que le sujet portait principalement sur le respect de la réglementation et l'information des consommateurs et non sur un risque immédiat pour la santé des consommateurs.

Parallèlement à cela, plusieurs études ont mis en évidence la présence de microplastiques dans de nombreuses eaux embouteillées. Des études ont mis en évidence la présence de microplastiques dans la plupart des eaux embouteillées, avec des quantités mesurées très variables selon les méthodes d'analyse utilisées, allant de quelques dizaines à plusieurs centaines de particules par litre dans les premières études.

Les conséquences sanitaires à long terme de ces particules de micro-plastique sont encore mal connues et font l'objet de recherches actives. Mais cette médiatisation a largement contribué à alimenter les inquiétudes des consommateurs.

Les scientifiques s'intéressent également à d'autres contaminants dits « émergents », comme certains PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), des résidus médicamenteux ou des composés industriels détectables grâce à des techniques d'analyse de plus en plus sensibles. Leur présence ne signifie pas nécessairement un risque pour la santé aux concentrations observées, mais elle alimente les débats sur la qualité de l'eau. 

Micro-plastiques, PFAS : faut-il s'inquiéter de la qualité de l'eau en bouteille ?

À ce jour, les experts appellent davantage à la vigilance qu'à l'inquiétude. Les révélations récentes concernant certaines eaux minérales et la présence de contaminants émergents, comme les microplastiques ou les PFAS, soulèvent des questions légitimes et font l'objet d'une surveillance renforcée. Pour autant, rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que la consommation d'eau en bouteille représente un danger sanitaire majeur pour la population générale.

Rappelons que la qualité de l'eau destinée à la consommation humaine fait l'objet d'un encadrement particulièrement strict. Les autorités sanitaires françaises et européennes réévaluent régulièrement les normes à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques et renforcent les contrôles lorsque cela est nécessaire. « Inutile de céder à la panique. La recherche progresse, les méthodes de surveillance s'améliorent et les autorités restent particulièrement vigilantes sur ces questions » rassure cette dernière. 

Quelles sont les eaux en bouteille à éviter ?

Comme expliqué précédemment, les marques d’eaux minérales récemment mises en cause, l'ont été pour des problèmes de conformité et non parce qu’elles seraient dangereuses à boire.

Les principales marques concernées appartiennent au groupe Nestlé Waters (Perrier, Vittel, Contrex et Hépar) dont plusieurs enquêtes journalistiques et rapports officiels ont révélé que des traitements (UV, charbon actif, microfiltration fine) avaient été utilisés, non conformes à la réglementation européenne sur des eaux dites "minérales naturelles".

Le cas de Perrier a été particulièrement médiatisé, avec plusieurs rapports évoquant des contaminations microbiologiques ponctuelles de certains forages, ainsi que des débats autour du maintien de l’appellation « eau minérale naturelle ». 

À ce jour, les autorités sanitaires françaises ont assuré que ces eaux ne présentaient pas un risque aigu pour la santé des consommateurs. 

À l’heure actuelle, il n’existe pas de liste fiable de marques d’eau en bouteille “à éviter” en raison des microplastiques ou des PFAS.

Quelle eau boire sans particules de plastique ou polluants ?

La tentation est grande de vouloir identifier “la meilleure” ou “la plus sûre” des eaux en bouteille. Pourtant, en pratique, il est difficile — et souvent trompeur — d’établir un classement fiable entre les différentes marques.

"Toutes les eaux mises sur le marché en France et en Europe doivent respecter des normes sanitaires strictes et font l’objet de contrôles réguliers avant d’être commercialisées. Leur sécurité repose donc d’abord sur un cadre réglementaire commun, qui s’applique à l’ensemble des producteurs, indépendamment de la marque" rappelle Mathilde Body-Malapel.

C’est d'ailleurs pour cette raison que les chercheurs et les autorités sanitaires ne publient pas de classement des eaux “les plus sûres” ou “les plus polluées”. L’objectif est de garantir un haut niveau global de sécurité plutôt que d’opposer des marques entre elles sur la base de données partielles.

Est-il conseillé de privilégier les eaux de marque française ?

S'il n'existe pas de preuve qu'une eau française soit systématiquement moins contaminée qu'une eau étrangère, il peut exister une différence liée aux emballages alimentaires. 

"L'Union européenne dispose de l'une des réglementations les plus strictes au monde concernant les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments et les boissons, afin de limiter la migration de substances chimiques depuis les emballages vers leur contenu. Pour cette raison, j'ai tendance à recommander les marques d'eau françaises ou européenne" indique Mathilde Body-Malapel.

Cette recommandation relève toutefois d'un principe de précaution et de confiance dans le cadre réglementaire européen. Elle ne signifie pas que les eaux provenant d'autres régions du monde soient pour autant dangereuses ou impropres à la consommation.

Les bouteilles en verre sont-elles moins à risque de pollution ?

Le verre est généralement considéré comme le matériau le plus neutre et stable pour le stockage des boissons. Pour autant, contrairement à une idée reçue, les bouteilles en verre ne sont pas toujours exemptes de microplastiques. Une étude récente a même mis en évidence des niveaux parfois comparables, voire supérieurs, à ceux observés dans certaines bouteilles en plastique. La raison ? Les capsules métalliques utilisées pour sceller certaines bouteilles sont généralement recouvertes de vernis ou de peintures à base de polymères de plastique, dont de minuscules fragments peuvent se détacher et migrer dans la boisson.

Par ailleurs, une bouteille en verre ne garantit pas une eau totalement exempte d'autres polluants. La qualité de l'eau dépend avant tout de sa source, des conditions d'embouteillage et des contrôles réalisés tout au long de la chaîne de production.
Le verre permet donc de réduire certaines sources potentielles de contamination, sans pour autant éliminer tous les risques.

Eau du robinet ou eau en bouteille : que choisir ?

En France, l’eau du robinet est extrêmement bien contrôlée et soumise à une réglementation très stricte : plus de 60 paramètres sanitaires sont surveillés régulièrement (nitrates, pesticides, éléments traces métalliques, résidus médicamenteux…). Les autorités sanitaires (comme l’Anses, l’Agence de sécurité alimentaire), les agences régionales de santé (ARS) et différents observatoires (CIEau, OIEau) publient régulièrement des bilans sur la qualité de l’eau potable et la très grande majorité des prélèvements respecte ces normes. Les très rares fois où des dépassements sont observés, ils sont immédiatement signalés et communiqués aux consommateurs.

Opter pour l’eau du robinet est donc un bon moyen d’agir pour l’environnement sans prendre de risque pour sa santé.

Sujets associés

Lire l’article en entier