ENTRETIEN - Le poids lourd français va se battre contre la légende Alex Pereira dans un combat alléchant, sur la pelouse de la Maison Blanche. Très rare dans les médias avant ses grands combats, il a accepté de se confier au Figaro.
Il a affronté Francis Ngannou, Jon Jones, et maintenant Alex Pereira : le poids lourd français Ciryl Gane est rompu aux combats contre des légendes du MMA. Cependant, ce 14 juin, il va participer à un événement qui ne se produira vraisemblablement qu’une seule et unique fois : une soirée de gala dans les jardins de la Maison Blanche. Cet événement est un souhait personnel de Donald Trump, fervent amateur de MMA et ami du patron emblématique de l’UFC Dana White. Le nom de la soirée (UFC Liberté 250) est une référence à l’anniversaire de l’indépendance des États-Unis. La date précise coïncide avec le Jour du drapeau, férié cette année, commémorant d’adoption du « Stars and strips » en 1777. Les mauvaises langues auront relevé qu’il s’agit également - c’est sans nul doute fortuit - avec l’anniversaire de naissance du président américain.
Avec une folie des grandeurs que n’aurait pas reniée un empereur romain dans un livre de Suétone, Donald Trump a fait installer une grande arche qui surplombera la cage octogonale, ainsi que des places assises pour quatre mille trois cents spectateurs. Le prix des places grimpe jusqu’à un million et demi de dollars. Il faut vraiment être passionné. À noter que le contribuable américain ne payera pas un sou : la note sera réglée par les organisateurs, remplacement de la pelouse compris. Soixante millions de dollars tour de même. On comprend mieux le prix du fauteuil, mais on espère qu’il y aura un coussin. Pour les moins fortunés, cent mille places sont prévues devant des écrans géants sur un parc adjacent. Happy birthday to you mister president. Qui apportera le gâteau ?
Naturellement, après avoir tant dépensé pour la scène, il faut un spectacle à la hauteur. La carte de cet UFC Liberté 250 est relativement légère en quantité (sept combats aux dernières nouvelles) et pas si folle en qualité. Deux combats surplombent nettement les autres : d’une part l’Américain Justin Gaetje contre l’Espagnol llia Topuria en poids légers : d’autre part le Brésilien Alex Pereira contre le Français Ciryl Gane.
Le Brésilien vient pour asseoir son statut de légende de ce sport : après avoir accroché à sa taille la ceinture des poids moyens (-84kg), puis celle des poids lourds légers (-93kg), il vient pour devenir le premier triple champion en décrochant celle des poids lourds. L’exploit serait absolument monumental. Il n’y a pas beaucoup de catégories de poids en MMA, aussi grimper de catégorie est-il fort difficile. Alex Pereira est un kickboxeur d’élite, mais sera-t-il aussi rapide avec trente-six kilos de plus que lors de son premier titre ? Autant dire que Ciryl Gane l’emporte, ce ne sera pas un mince exploit.
Avant d’écouter Ciryl Gane, voici quelques mots sur lui. Auteur d’une ascension météoritique dans le MMA, freinée par deux défaites face à des monstres sacrés de ce sport, il a l’opportunité de décrocher une seconde ceinture intérimaire après celle qu’il gagna dans un chef-d’œuvre de combat face à Derrick Lewis en 2021. Comment le décrire ? Venu de la boxe thaï, il a une intelligence de la distance redoutable, un jeu de jambes fluide et précis, il met du volume de frappe plutôt que de la force, reste toujours détendu, servi par un physique de joyau : on ne retrouve pas sa mobilité avant deux catégories en dessous.
Ce combat sera un duel tactique très intéressant entre deux « strickers » d’élite, où la bataille des jambes sera absolument clef. Alex Pereira a de la foudre dans les poings, mais a besoin de cadrer son adversaire pour placer ses coups. Ciryl Gane, au contraire, gagne en usant ses adversaires en virevoltant autour, les tenant à distance avec des coups de pied variés et précis, guettant l’occasion de placer quelques coups de poing éclair avant de se remettre en sécurité.
Un duel somptueux en perspective, dans un écrin unique, sanctionné par une ceinture intérimaire. De quoi rendre Ciryl Gane plus grave qu’à l’accoutumée ? Presque pas : « bon gamin » nous a répondu avec sa bonhomie et sa joie de vivre habituelle.
Le FIGARO : Vous allez combattre à la Maison, Blanche devant Donald Trump, un événement inédit. Le contexte exceptionnel de ce combat change-t-il quelque chose dans l’ambiance de la « fight week ?» semaine ?
Ciryl Gane : Ce qui est sûr, c’est que j’ai déjà pu ressentir quelque chose de différent. Lorsqu’on a pu aller à la Maison Blanche (les combattants de la carte ont été invités à une première visite des lieux par Donald Trump, NDLR) j’ai senti qu’il y avait un ton de festivités. Nous sommes là chacun pour ses raisons personnelles, mais là, pour le coup, on a aussi le désir de faire plaisir aux gens qui seront là. Ça va être une célébration.
Comment vous avez fait pour passer à autre chose après l’arrêt controversé de votre précédent adversaire Tom Aspinall consécutif à un doigt dans l’œil ?
L’incident paraissait dur, mais en réalité pas du tout. Tom Aspinall a eu la réaction d’un petit gosse qui a perdu son match de foot, et pour qui le soir-même tout allait mieux. Ça m’est déjà arrivé, ça occasionne un petit contrecoup, mais je suis tout de suite passé à autre chose. Le soir même j’avais subi une intervention, tout allait bien ensuite. C’est tout !
Vous allez combattre pour une ceinture intérimaire. Est-ce que vous avez un regret à ce sujet, ou est-ce que ça vous permettra justement de retrouver de l’enjeu lors d’une revanche éventuelle avec Tom Aspinall ?
Pas vraiment. Malheureusement ça me fait faire un petit détour, mais ce n’est pas dérangeant. Cette ceinture a une saveur un peu plus grande qu’une simple intérimaire ; en toute honnêteté, face à un grand champion comme Alex Pereira, face à l’ampleur de l’événement, la ceinture sera belle.
Après Francis Ngannou, Jon Jones et maintenant Alex Pereira, vous avez affronté plusieurs légendes vivantes de ce sport. Avez-vous encore un sentiment d’émerveillement, de privilège, de pouvoir les affronter ?
J’ai l’impression d’être un peu un vétéran parce que, quand je reçois des opportunités de cette ampleur-là, j’ai un sentiment de déjà-vu. Je suis habitué au « grand jour », donc j’ai plus cette émotion... Je suis très calme. Je m’adapte très facilement, justement, à cette « fight week » qui va commencer, ça va aller. Je sais déjà que je vais pouvoir encaisser ce genre de semaine. J’ai de la bouteille.
Est-ce que c’est la même chose émotionnellement, et en termes de travail, d’affronter Alexander Volkov ou Aleix Pereira ?
Émotionnellement oui, bien sûr. Quand tu es dans le top cinq, que ce soit Alex Pereira, que ce soit Jon Jones, que ce soit Francis Ngannou, que ce soit Alexander Volkov, ça ne me fait aucune différence. Ils peuvent te faire du mal et tu dois leur faire du mal. Ce sont des gars avec une très grosse expérience, avec de très grosses qualités. Vraiment, il n’y a aucune différence entre tous ces gens.
Est-ce que sur le plan technique c’est un combat qui vous faisait envie depuis longtemps ?
C’est une question qu’on m’a toujours posée au long de ma carrière : « est-ce un combat de rêve ? » Je n’ai jamais rêvé d’un combat ! J’ai toujours fait les choses une part une, pour aller au plus haut. Celui qui est sur ma route, et bien, je l’affronterai. Ça a toujours été ma vision. Aujourd’hui, c’est Alex Pereira, et je suis très honoré parce qu’il est un énorme champion avec une très grosse hype dans l’UFC, auprès des fans. Je ne dirais pas que c’est un privilège parce que ce n’est pas arrivé de nulle part, c’est un honneur. C’est toujours bénéfique de rencontrer des grands combattants ou des gens différents.
Je vais faire une comparaison bête, mais lorsqu’un petit Youtubeur va faire une vidéo avec un très gros Youtubeur, il va être content parce qu’il aura de la visibilité, ça va lui apporter que des bonnes choses. Là, c’est un peu la même chose. C’est quelqu’un qui a une très grande réputation, qui est très apprécié du grand public. Il est du niveau de Jon Jones. Je suis heureux d’avoir de la visibilité avec ce combat.
Ce qui est excitant avec lui, c’est notre opposition de style. L’un et l’autre on ne se sous-estime pas. On sait très bien qu’on va avoir un très beau combat.
Est-ce qu’on peut s’attendre à un combat qui sera très cérébral, où la préparation tactique et la lecture de l’adversaire auront une grande place ? Ce sera une partie d’échecs ?
Énormément. C’est la base du MMA, le jeu d’échecs.C’est…

il y a 2 day
2



